Une Cordillère sans Frontière

Fondesurco et l’agriculture

Le 14 juin 2019

“Chez Fondesurco notre objectif est de faciliter la vie des populations rurales, de leur permettre d’avoir plus de chance.”

C’est dans la très belle ville d’Arequipa au sud du Pérou que nous avons rencontré Flor Villena, responsable des projets environnementaux de l’organisation Fondesurco.
Derrière cette organisation se tenait à l’origine deux associations qui ont fusionné. Leur objectif de base était d’apprendre aux populations locales à produire de manière verte, dans le respect de l’environnement. Il faut savoir que le Pérou est le 3ème pays du monde le plus touché par le réchauffement climatique. Cependant la sensibilisation aux populations ne suffit pas car la transition à un coût. Ils ont alors vu dans le micro-crédit une opportunité : celle d’accompagner les projets verts. C’est donc tout naturellement que Fondesurco est devenue une organisation pionnière dans le micro-crédit vert, elle soutient et valorise les projets dans le respect de l’environnement.

Pour accompagner ses clients dans cette transition, Fondesurco possède une ferme démonstrative présentant plus de 10 techniques culturales différentes. On dénombre également 22 types de micro-crédits différents afin de répondre au plus proche des problématiques des “sociaux”, nom qu’ils donnent à leurs clients.
C’est ainsi que les principales actions de Fondesurco sont à la fois pédagogique, en apprenant des techniques dans le respect de l’environnement, et financière, en apportant une solution afin de payer les investissements de ces nouvelles techniques via le micro-crédit.

Leurs clients d’ailleurs qui sont-ils ?

Ce sont à 80% des personnes rurales. Fondesurco a la particularité de s’aventurer dans les zones reculées du Pérou, celles où il n’y a pas de système bancaire, d’accès à l’eau et où les routes sont peu accessibles. Sur les 27 000 personnes qu’ils accompagnent, 48% sont des femmes. C’est un nombre qu’ils aimeraient augmenter. Fondesurco travaille aussi beaucoup avec les communautés locales, elles représentent 60% de leurs “sociaux”.

Mais Fondesurco ne s’arrête pas à leurs actions financières et de formations.

Ils permettent également la mise en place de douches solaires car en altitude le froid peut être terrible. Lorsque les gens se douchent à l’eau froide certains tombent malades, ainsi d’autres préfèrent ne pas se doucher. Cependant cette mise en place n’est pas toujours évidente, rappelez-vous Fondesurco travaille dans des zones peu accessibles. Elle devient donc un véritable intermédiaire entre les “sociaux” et les entreprises de douches solaires. L’institution permet également la mise en place de four, de réfrigérateur à faible consommation d’énergie, radio et de télévision…

Les salariés mettent aussi un point important sur la santé. Ainsi leurs 28 agences mettent en place une fois par mois des consultations gratuites de spécialistes médicaux (ophtalmologiste, nutritionniste, …). Et une fois par an les agences organisent un festival ayant pour but de souder les familles et les communautés autour d’un événement festif.

Nous avons pu rendre visite à une agence basée à Cabanillas, à proximité de Puno. Nous avons rencontré le directeur de l’agence et échangé longuement sur l’agriculture locale. Créer en 2014, cette agence est spécialisée dans l’élevage bovin, activité principale de cette région. Les micro-crédits décernés servent principalement à l’achat de nourriture pour engraisser des taurillons ou alors pour acheter une vache de race plus productive. Ces dernières permettent de passer d’une moyenne de 8 L de lait par vache par jour à 15 L.

À Fondesurco le taux d’intérêt est de 37,20% par an, l’argent qu’ils prêtent provient lui même de prêts fait à d’autres banques étrangères. Cependant les salariés cherchent à réduire ces coûts, en effet ils ont ouvert récemment des outils d’épargne pour leurs “sociaux”. Cela a un double impact : permettre aux communautés locales l’accès à une sécurité financière et permettre à Fondesurco une indépendance vis à vis des banques auprès desquelles ils empruntent et peuvent ainsi réduire leur taux d’intérêt.

L’intégralité du capital réalisé par Fondesurco est réinvesti dans les formations qui sont toujours gratuites et obligatoires afin d’avoir accès à un micro-crédit.

Le taux de non remboursement de Fondesurco est de 5,19%, les raisons principales sont les suivantes :

– Diminution du revenu par le patron de l’employeur

– Désastre naturel (écoulement de terrain, inondations…)

– Mauvaise récolte (souvent liée à la météo : pluies trop abondantes, sécheresse, grêle)

Dans le cas d’un non remboursement un refinancement peut être fait. C’est-à-dire que l’on annule le micro-crédit non remboursé et qu’un nouveau est créé avec un investissement différent.

Vous l’aurez compris, Fondesurco est une institution assez importante et tournée vers le milieu agricole. Ses actions diverses et tournées vers les zones les plus reculées nous ont invitées à la visiter. Elle doit faire face aujourd’hui à une concurrence importante d’autres institutions de microfinance mais son accompagnement approfondi et ses diverses actions sociales lui permettent de gagner la confiance et la reconnaissance de ses “sociaux”.

La richesse péruvienne

Le 15 mai 2019

C’est presque par surprise que nos premiers coups de pédales péruviens nous ont entraînées dans le désert au nord du Pérou. Des étendues de sables infinies se sont offertes à nous, créant un sentiment d’immensité qui a très vite laissé place à de la monotonie. Mais surtout nous avons rencontré un terrible ennemi : le vent !

C’est donc lentement mais sûrement que nous avons traversé ce désert où nous ferons de magnifiques rencontres qui nous marquerons.

La route continue pour nous dans la Cordillère Blanche à Huaraz exactement. Nous lâcherons un peu le vélo pour laisser place à de superbes randonnées au cœur des montagnes Andines à presque 5 000 m d’altitude. Encore fatiguées de notre passage dans le désert et ayant des réparations sur les vélos à faire, c’est en bus que nous rejoindrons Lima la capitale. L’objectif ? Nous remettre tous sur pied : nous et nos vélos.

Une fois cet objectif atteint nous retrouvons avec joie nos parents à Cusco pour découvrir avec eux la belle culture Inca. Nous parcourons ensemble les lieux mythiques de cette culture qui nous fascine tant. Puis se fut au tour de Claire, une amie, de nous rejoindre quelques jours ! C’est à trois que nous reprendrons le vélo en direction de Puno et que nous découvrirons les fameuses îles du lac Titicaca.

Après un mois et demi au Pérou nous disons au revoir à ce pays. Nous le quittons sur ces paroles bien connues :

“Dans quelques jours nous quitterons le territoire péruvien et ces mots prennent donc un autre sens. Celui d’un au revoir dans lequel je voudrais mettre toute mon ardeur pour exprimer notre reconnaissance envers le peuple de ce pays tout entier, qui n’a pas cessé de nous combler de cadeaux depuis notre arrivée. […] C’est pourquoi, essayant d’échapper à tout provincialisme exigu, je porte un toast au Pérou et à l’Amérique Unie.”

Extrait de Voyage à moto-bicyclette, Che Guevara

L’Equateur en vidéo !

Après un peu plus d’un mois passé en Équateur, il est temps pour nous de vous faire partager cette expérience incroyable et notre rencontre avec el Hogar de Cristo. Et tout cela en image !
Installez-vous confortablement, embarquement immédiat pour l’Equateur.

Un dernier regard sur l’Equateur

le 3 avril 2019

La traversée de l’Equateur a été pour nous l’occasion de découvrir un nombre incalculable de paysages. Après quelques jours seulement, nous ne trouvions déjà plus d’adjectifs originaux pour les qualifier.

C’était tout simplement « magnifique, incroyable, impressionnant ! »

Chacun de ces paysages est lié à des coutumes et une vie traditionnelle très différente. La capitale Quito entourée de montagnes regroupe toutes les classes sociales : du quartier très riche, aux vendeurs de rue. Puis nous découvrons les petites villes au sud de Quito, des villes calmes dans lesquelles il est agréable de se poser. L’Amazonie nous a permis ensuite de découvrir ou redécouvrir la culture Kitchuwa rythmée par la nature, les plantes médicinales et un mélange de différentes croyances liants religion catholique et esprits. Notre route continua au travers de la cordillère, un environnement calme très différent de l’Amazonie mais où les populations sont également très proches de la terre. Ici, les visages sont très marqués et les habits traditionnels bien différents. Tout cela nous fait prendre conscience qu’il existe de multiples manières de vivre.

La suite de notre route équatorienne se fera sous la chaleur, le long de la côte pacifique. Là encore les traditions, la végétation et le climat changent.

C’est dans cette région que nous avons rencontrée l’association Hogar de Cristo et leurs belles initiatives dont nous vous avons déjà parlé dans différents articles.

Depuis, nous avons traversé la frontière péruvienne et nous continuons vers le sud, les deux pieds sur les pédales.

Nous gardons un souvenir de l’équateur rythmé par nos “Wouha” et nos souffles coupés par les paysages que nous avons traversés.

Le micro-crédit à El Hogar de Cristo

Le 10 mai 2019

” Sans le micro-crédit on ne peut pas évoluer, ici à Hogar de Cristo ils aident les personnes à faibles revenus.”

Depuis 2002, el Hogar de Cristo a mis en place un programme de microfinance destiné principalement aux femmes. Inspiré de la Grameen bank de Mohammed Yunus, l’accès au micro-crédit suit 3 grandes étapes.
Durant la phase 1, les femmes forment des groupes de travail de 3 à 4 personnes. Ces groupes sont très importants car ensemble, elles gardent une dynamique dans un environnement où chacune motive l’autre. Les différents groupes ainsi formés se retrouvent et suivent des cours donnés par des associations de couture, de confection artisanale, de cuisine, de confection de chaussures… Cependant savoir créer de délicieuses empanadas (feuilletés farcis) ou de magnifiques chaussures ne suffit pas. Pour monter son entreprise, toute une organisation est à mettre en place. Ainsi, le programme inclut également des cours de commerce, de marketing, de comptabilité, de communication…


“S’inscrire ne suffit pas, il faut s’exercer. Tout dépend de votre motivation !” rappelle
Jenny, la coordinatrice des initiatives économiques et solidaires, à chaque nouvelle “élève”.

C’est à la fin de cette première phase d’apprentissage qu’un micro-crédit est envisageable. Celui-ci est accordé afin d’investir dans du matériel, des machines ou des matières premières permettant de créer sa micro-entreprise.
Les personnes qui viennent à Hogar de Cristo cherchent avant tout à acquérir un savoir-faire et à suivre des formations. C’est pour cette raison que sur une trentaine de personnes qui suivent la première phase, seules 8 à 10 personnes feront une demande de micro-crédit. Certaines possédaient déjà un commerce avant de suivre les formations et d’autres feront le choix d’investir par elles-mêmes.

La phase suivante, composée de formations plus poussées, ne sera poursuivie que par la moitié des personnes de la phase 1. Les raisons de cette différence sont diverses : la micro-entreprise a déjà été construite, le manque de temps (la phase 1 demande 2j/semaine contrairement à la phase 2 qui requiert le double de temps), ou parfois certains maris regardent d’un mauvais œil leur femme sortir si souvent de la maison pour aller aux formations et les dissuadent de continuer.

“Mon mari ne veut pas que je travaille dehors. Mais ma micro-entreprise à domicile lui convient bien car je peux m’occuper du bébé en même temps. Ce sont des libertés que je n’aurais pas dans un autre travail.”

Au sein du site de Guayaquil, près de 118 groupes de personnes ont un micro-crédit, ce qui équivaut à 722 clients. Ce dernier doit uniquement être investi dans le commerce afin de le faire évoluer.
L’équipe del Hogar de Cristo se doit donc d’accompagner les entrepreneurs, de visiter le commerce et de vérifier l’investissement afin que les micro-entrepreneurs soient en mesure de rembourser le prêt sans difficulté.

“J’ai pu investir l’argent du Micro-crédit dans l’achat de nouveaux produits et ainsi croître mon entreprise. Aujourd’hui j’ai un revenu supérieur et plus sûr.”

Les micro-crédits peuvent aller de 200 $ à 1 500 $ et doivent être remboursés sous 4 à 9 mois. Ici il n’y a pas de taux d’intérêt, ce sont des frais de dossiers car l’argent n’est pas capitalisé. Ces frais de dossier sont de 2,5 % mensuel, ce qui correspond à 29,5 % annuel contre 49 % de taux d’intérêt pour les crédits équatoriens. Vous trouvez ce taux élevé?  Nous vous expliquons le pourquoi du comment en bas de page.

Nous avons eu l’occasion de rencontrer de nombreux entrepreneurs. Les témoignages récoltés montrent que les formations et le micro-crédit sont de véritables opportunités pour eux de créer et de faire croître leur entreprise. Cela permet un changement au cœur des familles : les revenus sont plus importants et les femmes plus indépendantes.


Pourquoi les taux sont-ils élevés ?

Les Institutions de Microfinance n’ont pas pour but de maximiser le profit mais ont pour but de maximiser l’impact social, tout en cherchant à être autonome financièrement. Cependant il existe des charges qu’il faut pouvoir financier : les formations, l’accompagnement des micro-entrepreneurs, la charge salariale et les autres charges fixes tels que les locaux. De plus, le nombre élevé de clients en comparaison au faible montant des micro-crédits augmente les dépenses opérationnelles. Ces taux doivent également être mis en relation avec le taux directeur de la Banque Centrale du pays et donc impactent le coût du financement local. Chez Hogar de Cristo seulement 3,87% des micro-crédits ne sont pas payés en temps voulu ou ne sont pas remboursés. Ceci montre une belle organisation et un système efficace permettant aux entrepreneurs d’investir de manière utile afin que cela porte ces fruits.

Pour limiter le non remboursement chaque dossier est étudié. Lorsqu’un demandeur a déjà un micro-crédit dans une autre banque, el Hogar de Cristo peut savoir si le remboursement se fait dans de bonnes conditions grâce à un logiciel mettant toutes les banques en relation. Si le remboursement s’effectue mal, l’organisation ne permet pas de nouvel emprunt.

El Hogar de Cristo

El Hogar de Cristo, travaille depuis 48 ans dans les zones les plus vulnérables. Présent dans le monde entier, il possède 5 sites en Équateur dont le plus important se situe à Guayaquil. C’est au sein de ce dernier que nous avons reçu un accueil chaleureux et pu découvrir ce qui se cache derrière les portes del Hogar de Cristo.

Mais avant de vous présenter les différentes actions del Hogar de Cristo de Guayaquil, il nous faut comprendre le contexte dans laquelle évolue l’association.


El Hogar de Cristo agit dans une zone non officielle de Guayaquil appelé Monte Sinaí.
Cette zone possède une histoire compliquée et controversée que nous allons essayer, avec nos mots et les rapports que l’on nous a donnés, de décrire le plus justement possible. Excusez-nous d’avance pour ce récit probablement incomplet.

Microfinance solidaire

El Monte Sinaí situé au nord de Guayaquil est un terrain appartenant au gouvernement. Dans les années 50, une grande population est venue des campagnes dans l’illusion de trouver un meilleur emploi dans la ville de Guayaquil. De nombreux espoirs ont été déchus et une grande partie de la population s’est installé sans permission dans le Monte Sinaí qui n’était qu’un terrain vide à l’époque. Cette population n’a cessé d’augmenter par un exode rural toujours présent mais aussi par un taux de natalité très important de la population déjà installée. Sur ce terrain ils doivent faire face à un accès restreint à l’eau, à l’électricité et à une violence très présente.

D’après le ministère du développement urbain et du logement il y avait 274 000 habitants sur le site en 2012.


Depuis toujours el Monte Sinaí est victime d’une grande instabilité. Elle fut la proie de trafiquants de terre qui ont pu opérer grâce à la complicité et/ou le silence de certaines forces politiques. Ce qui eut pour conséquence d’aggraver la situation de vulnérabilité et a augmenté la liste des besoins de ce secteur. Ici, se reflètent des problèmes visibles dans toute l’Amérique latine : une différence forte entre la ville et la campagne, une méfiance envers les formes politiques et une mauvaise gestion pour affronter des problèmes existants.

Le secteur du Monte Sinaí a connu son point le plus tragique durant les années 2010.

À son arrivée au pouvoir, le président Rafael Correa a décidé de mettre un terme à l’expansion du Monte Sinaí et qu’une légalisation des terrains devait être faite. De nombreuses personnes n’ont pas pu payer les sommes onéreuses demandées par le gouvernement. Une politique de force a alors été mise en place avec un point culminant en 2013 durant lequel de nombreuses familles ont vu leur maison détruite.
Aujourd’hui, les problèmes de légalisation sont toujours d’actualité. Depuis 2017, plusieurs membres de Monte Sinaí se sont mobilisés avec el Hogar de Cristo pour demander la législation de leur terrain. C’est un travail long et difficile avec une population qui a du mal à faire confiance car trop souvent déçue. Ensemble ils veulent faire valoir une loi équatorienne indiquant qu’à partir d’un certain nombre d’années vécues sur un terrain non réclamé le terrain appartient aux habitants. 95% des personnes qui luttent pour cette légalisation sont des femmes qui ne veulent pas que leurs enfants vivent la même histoire que la leur.


El Hogar de Cristo mène de nombreuses actions pour répondre aux diverses problématiques de Monte Sinaí. Ils ont ainsi créé un atelier de fabrication de maisons traditionnelles vendues à faible prix aux familles, construit une entreprise de transformation de jus de soja pour faire face à la sous-nutrition, bâti une maison accueillant les femmes et les enfants victimes de violences familiales, sans oublier l’ouverture d’un collège spécialisé dans l’informatique permettant à tout élève d’avoir accès à l’éducation, et l’aide aux femmes à l’accès à l’entrepreneuriat via la microfinance.

Microfinance solidaire

C’est d’ailleurs ce dernier secteur que nous avons surtout visité et découvert. Patience, nous vous en disons bientôt plus…

Bon week-end de Pâques à tous !


Traversée de l’Equateur

Nous prenons enfin le temps de nous poser pour vous écrire. Il faut dire que nous avons vécu de riches expériences et que tout s’enchaine très vite.

Notre route vers la côte équatorienne été remplie de surprises. Notre plus grand challenge a été d’arriver jusqu’à la laguna Quilotoa, un lac perché à 3 914 mètres d’altitude au beau milieu d’un cratère volcanique. Pour l’atteindre nous avons pris le temps de monter. Deux jours d’ascension au cœur des paysages magnifiques typiques des Andes, entourées de familles paysannes gardant leurs troupeaux de moutons, à la fois accompagnées de leur bâton et de leurs chiens. Ou encore, admirant les femmes en habits traditionnels travaillant la terre à la main et portant dans leur dos leur enfant emmitouflé dans des tissus multicolores. Ici et là courent les chiens, les chevaux ou les moutons. Notre premier jour d’ascension avec plus de 1 490 mètres de dénivelé positif en 59 kilomètres s’est finalement révélé plus simple que prévu. Entourées de toute cette vie et des paysages à couper le souffle… nous étions comme libres à vélo dans un environnement qui nous était encore si peu connu de voir. Chaque virage nous révélait la route qui n’attendait que nous, d’autres sommets à gravir, d’autres paysages à découvrir. On vous laisse imaginer le bonheur que ce type de voyage procure.

Après notre deuxième jour d’ascension jusqu’à la laguna Quilotoa, ascension qui était d’ailleurs courte mais rude, on a enfin pu découvrir ce lac irréel au beau milieu d’un volcan. Le lac s’est formé à la suite d’une explosion volcanique il y a 800 ans, la neige ayant fondu, un lac impressionnant s’est alors formé. Et ce n’est pas tout, la lave produite par l’explosion a également créé des canyons de plusieurs kilomètres de long atteignant parfois plus de 500 mètres de profondeur. Qu’est-ce qu’on se sent petit ici !

Il est temps de quitter la laguna et de se diriger vers la côte. Après de belles montées, nous voilà parties pour 80 kilomètres de pure descente. En moins de dix minutes, on quitte les Andes où l’atmosphère est sèche et assez frisquet pour traverser de petits brouillards donnant tout doucement naissance à une végétation verdoyante. Puis l’ambiance se fait de plus en plus humide, nous ne voyons bientôt plus que 10 mètres devant nous. Plus tard, nous nous retrouvons dans un environnement semblable à celui de l’Amazonie, alors que nous sommes en plein milieu de l’Equateur, ceci nous semble inimaginable ! Végétation ultra abondante, cascades, rivières, humidité, chaleur, couleurs, tout y est ressemblant !

Sur notre route, on sera ensuite invitées dans un hôtel tenu par des personnes rencontrées quelques jours auparavant. Grand luxe pour nous ! Et pour être honnêtes, nous en avions bien besoin après plusieurs jours en tente. Suivant leurs conseils, on choisit de prendre le bus pour les 140 prochains kilomètres avant de réaliser nos deux derniers jours de vélo pour arriver à la « playa » ! Et n’allez pas imaginer que la côte est plate, avec la chaleur et le dénivelé, nous avons bien souffert. Mais on y est finalement arrivées ! On vous laisse découvrir ce paysage et la plage préservée de « Los Frailes » dont le sable est blanc et fin.

Après quelques jours de repos sur la côte, on pédale vers Guayaquil, ville dans laquelle nous allons rencontrer « el Hogar de Cristo », une association pratiquant le micro-crédit ainsi que de nombreuses autres actions. Nous avons été beaucoup touchées par leur fort engagement. Venir en aide aux plus vulnérables dans les zones péri-urbaines souvent très défavorisées de la ville.Voilà pourquoi une centaine de personnes se lèvent tous les jours chez Hogar de Cristo. On vous raconte très vite cette rencontre !

Depuis Guayaquil, nous avons traversé la frontière Equateur- Pérou. Une partie en bus et une partie à pédale. Déjà plus de 1700 km parcourus à vélo et ce n’est que le début !

Dirección Ecuador

Le 3 mars 2019

Après 22 jours en Colombie, nous avons continué la route pour de nouvelles découvertes ! C’est parti, direction l’aéroport à vélo, nous nous envolons pour Quito, la capitale de l’Equateur !

Nous ne restons que quelques jours sur la capitale, le temps de nous acclimater à l’altitude et d’organiser plus précisément nos prochaines étapes.

Bien que notre passage y soit court, Quito restera pour nous une ville impressionnante. La ville est entourée de volcans et de paysage verdoyants. Nous avons eu la chance de trouver un logement au sein du centre historique. Son architecture coloniale quasi omniprésente rende ce quartier le plus grand centre historique d’Amérique latine ! Les mélanges de styles y sont d’ailleurs assez originaux, jugez par vous-même…!

Après trois jours sur Quito et nos vélos bien ajustés, nous nous dirigeons vers el parque national el Boliche dans lequel nous allons passer la nuit. Cette étape sera gravée dans nos mémoires puisque nous avons parcouru plus de 60km sous la pluie et avec XX mètres de dénivelés. Quel bonheur d’arriver et de prendre une douche chaude ! La soirée s’est poursuivi avec un agent du ministère de l’environnement que nous a partagé sa passion pour la richesse de son pays. Bien que l’équateur n’ait pas de saison, toutes les températures y sont présentes : de la côte à l’Amazonie, on passant par la Cordillère des Andes. 

En parlant d’Amazonie, nous profitons de notre passage en Équateur pour retourner à Tena. C’est dans la capitale de l’Amazonie qu’Anne avait passée 4 mois en tant que coordinatrice de volontaires il y a deux ans et demi. Que d’émotion ces retrouvailles !

On fera ce petit crochet à Tena en bus pour des questions de temps… on y découvrira ou redécouvrira l’Amazonie, en un mot : grandiose !

Maintenant nous allons traverser une grande partie de l’équateur, direction la côte ouest. Et il risque d’y faire très chaud ! Ensuite on se donne rendez-vous à Guayaquil au Sud du pays, première ville du pays en nombre d’habitants dans laquelle nous allons rencontrer une prochaine institution de microfinance.

Bien plus que du micro-crédit

Le 23 février 2019

Lors de notre visite chez IMCA, nous rencontrons également trois femmes de la communauté de Barranco Bajo au sein de la municipalité de Ginebra. Toutes font partie d’un même groupe de producteurs et du groupe autogestionnaire d’épargne et de crédit local du village. Cette communauté met en place, en dehors des projets menés avec IMCA, des projets prenant racine de leur propre initiative. Ainsi, l’école a été rénovée et une salle de réunion a été remise à neuve.

La commercialisation de leurs productions agricoles est parfois difficile dans les campagnes. Les fruits et légumes sont rapidement périssables et leur transport jusqu’aux villes coûte cher. Ces difficultés empêchent certaines familles de tirer bénéfice des ventes. La communauté que nous rencontrons réfléchit à des alternatives et travaille sur un nouveau projet : les paysans se réunissent pour vendre leurs productions. Aujourd’hui, grâce à leur relation dans une ville voisine, leur objectif est de vendre la production dans un magasin spécialisé en alimentation bio. Le groupe de micro-crédit de cette communauté est plus qu’un groupe financier, c’est un groupe de confiance. Ensemble ils mènent des projets répondant à leurs propres problématiques. C’est notamment grâce au fond social récolté lors des réunions du groupe autogestionnaire d’épargne et de crédit local que les sommes d’argent nécessaires à chaque projet sont disponibles.

Un bel exemple de solidarité. Ici, l’union fait la force !

Rencontre avec IMCA

Depuis 56 ans, el Instituto Mayor Campesino (IMCA) multiplie différents projets pour valoriser les zones rurales, des zones oubliées et souvent délaissées.   

Le siège de l’association est basé dans un superbe parc, nous apprendrons par la suite qu’il s’agit d’une ancienne université où sont aujourd’hui accueillis desclasses, des séminaires d’entreprises ou de nombreuses formations. Dès notrearrivée on nous réserve un accueil chaleureux et nous passons la matinée avec Ricardo qui nous fait découvrir l’association et le fonctionnement de la microfinance. Les actions d’IMCA tournent autour de 3 principaux thèmes : l’accès à l’eau potable dans les milieux ruraux, les sciences politiques et l’économie sociale et solidaire.

Ce premier thème est essentiel, en Colombie l’accès à l’eau est presque intégralement gérée par des entreprises privées. Dans les campagnes, aucune entreprise n’organise la gestion de l’eau ainsi les communautés la gèrent par elles-mêmes. Cependant ces canalisations peu fiables sont sources de beaucoup de problèmes d’hygiène. IMCA travaille main dans la main avec ces communautés pour permettre une meilleure gestion de cette eau.

IMCA lutte aussi auprès du gouvernement pour défendre les droits Ruraux et la mise en place de meilleures conditions de vie (routes plus accessibles, accès à la santé, à l’emploi, …). Une place importante est aussi attribuée à l’éducation politique afin que les communautés rurales connaissent leurs droits et sachent à qui s’adresser pour mettre en place leurs initiatives.

C’est dans le dernier thème : l’économie sociale et solidaire que nous retrouvons les actions de Microfinance. Ici, il s’agit d’une microfinance de groupe, au fonctionnement atypique mais inspirant. Entre crédit et épargne cela permet à plus de 90 groupes une meilleure gestion de leur argent.

Des groupes de11 à 19 personnes (amis, familles, producteurs, communautés …) se réunissent tous les 15 jours. Lors de chaque réunion, chacun dépose une somme prédéfinie au sein de la caja. Cet argent permet à qui le veut de faire un emprunt au groupe, cet emprunt est soumis à un taux d’intérêt que le groupe a défini au préalable (en dessous de 3% par mois). Le bénéficiaire possède 6 mois pour rembourser le crédit. Les taux d’intérêt récoltés permettent d’agrémenter la caja.

« Cela nous permet d’avoir accès à un crédit plus facilement, bien moins cher que chez une banque et sans démarche administrative » nous dit un jeune membre d’un groupe.

A la fin de l’année, lors d’un grand repas, ils se répartissent l’argent récolté. IMCA intervient au sein de ce groupe uniquement par l’intermédiaire d’un facilitateur qui veille à ce que chaque règle soit bien respectée. A la fin de la réunion, la caja est fermée par 3 cadenas, dont 3 personnes différentes possèdent la clé. Symbole de l’importance du groupe, d’être ensemble.

Ici, chaque groupe décide de son propre fonctionnement, de sa propre manière de mener la microfinance en fonction des besoins et des capacités de chacun. Cela forme des groupes soudés et vont parfois au-delà d’un simple aspect financier. Un dernier point que l’on vous détaillera bientôt…

Petite escapade Colombienne

La Colombie est un pays fascinant, chaque paysage est une rencontre. Chaque coup de pédale est une nouvelle découverte.

Ici, un ciel bleu ne veut pas dire que nous n’aurons pas de pluie. La météo est imprévisible. Il nous est arrivé plus d’une fois de devoir nous arrêter, trempées jusqu’au os, attendant que la pluie cesse. Car, dans ces cas-là nous ne pouvons plus rouler tant notre visibilité est réduite. Un gros nuage gris passe. Le soleil revient, nous pouvons repartir. Malgré la pluie nous n’avons jamais froid, la température oscille entre les 26°C, mais surtout l’air est lourd, chargé d’humidité et nous fait transpirer.

Nous avançons vers Buga, ville où nous allons rencontrer notre première association de microcrédit. Nous avions prévu de rencontrer une association de producteurs de café, malheureusement nous n’avons pas de nouvelles.

En Colombie, les enfants vont à l’école tous les matins sauf le week-end. Leur après-midi est libre pour vaquer à leurs occupations. C’est un pays sportif. On y joue le football bien-sûr, masculin comme féminin, mais aussi rugby, course à pied, musculation et vélo. Ce dernier tient d’ailleurs une place très importante. Les personnes ne pouvant pas s’acheter de moto ou de voiture, l’utilise pour se déplacer. Les autres font des sorties VTT entre amis. Entre le 10 et le 17 février se tient d’ailleurs “el tour de Colombia”, l’équivalent de notre célèbre tour de France.

Cependant les loisirs ne durent pas très longtemps, les colombiens travaillent 48h par semaine et ont 15 jours de vacances par an. Le dimanche, comme la population est très croyante, les églises sont bondées. Nous recevons tout au long de nos rencontres, de nombreuses bénédictions pour notre voyage.

De nombreux jeunes que nous avons rencontrés ont conscience de la richesse de leur pays et de l’environnement magnifique dans lequel ils vivent. Cependant ils espèrent un changement au sein de leur pays. Ils ont du mal à faire confiance aux hommes politiques ainsi qu’aux médias, nous confient-ils. Nous avons toujours reçu un accueil incroyable, les colombiens veulent que les étrangers gardent une belle image de leur pays, ainsi on prend soin de nous et on nous conseille toujours de faire attention. Il nous semble que de nombreux efforts sont tournés vers la protection de l’environnement. Les déchets, ne sont pour l’instant recyclés que dans la capitale mais nous sentons une population conscience que les ressources ne sont pas infinies. On constate aussi qu’émergent de nombreux parcs culturels et le nombre d’universités que nous croisons nous impressionne.

La Colombie c’est aussi et encore les couleurs. Couleurs vives des montagnes verdoyantes. Couleurs rouge, orange, jaune, bleu des oiseaux qui s’envolent lorsque nous nous approchons. Couleurs joyeuses des maisons sur le bord de la route. Couleurs de nos joues au soleil. Couleurs du coucher de soleil sur le lac de Calima. Couleurs chaudes des musiques latinos.