Une Cordillère sans Frontière

Dernière ligne “droite” : l’Argentine

Nous entamons une belle descente jusqu’au Nord de l’Argentine. Nous revivons : après plus de 2 mois dans le froid nous redécouvrons le soleil et la verdure. Ce fut comme une renaissance après un hiver interminable. Et pourtant dans cette région chaude de l’Argentine c’est l’hiver. Qu’importe, après le froid que nous avons traversé cela nous paraît être un doux printemps. Au fur et à mesure les concerts de toux et d’éternuements se font plus rares. Et quoi de mieux pour découvrir l’Argentine que de commencer par la route du vin ? En plus d’une végétation abondante, s’offrent devant nos yeux des paysages aux couleurs surprenantes, l’odeur des arbres et de l’humidité chatouille nos narines et notre passage s’égaye des piaillements des perroquets.

La musique et la bonne humeur sont maitre mot de notre aventure. On découvre avec bonheur la culture Argentine, bien différente de celle de Bolivie. Et on devient très vite adepte du maté (que je suis actuellement entrain de boire en écrivant cet article 😉 ). Le maté est une herbe qui se fait infuser dans un genre de mug en bois qui porte le même nom que son contenu. A l’aide d’une paille métallique on aspire l’eau chaude aromatisée. C’est une boisson qui se partage, on utilise un seul verre que l’on se passe à tour de rôle. Quant à la saveur c’est aussi amer que le café avec un goût plus proche du thé.

Sur la route, malgré cette chaleur agréable nous devons faire face à notre pire ennemi : le vent. Il est parfois tellement fort qu’il nous freine complétement. Nous gagnons aussi une heure de soleil le soir, un pur bonheur (je vous l’ai dit on a l’impression de sortir de l’hiver au mois de juillet !). Quant aux Argentins, ce sont des personnes très accueillantes et chaleureuses. Ce sont aussi des sportifs avec une culture plus occidentale. Une transition avant notre retour ?

En attendant nous nous reposons quelques jours dans la maison de Lucas, notre compagnon de route depuis Uyuni. Le temps de faire un peu de communication, de visiter une entreprise de citron, de vivre la fête nationale et de créer une casa de ciclistas à Tucuman (le voyage donne de belle idée et l’envie d’accueillir d’autres voyageurs).

Notre route va se continuer, direction Buenos Aires où nous avons hâte de rencontrer Nuestras Huellas. Avant de prendre, déjà, notre avion pour rentrer en France.

Déjà de retour en France, mais ça continue !

Notre atterrissage sur le sol parisien s’est effectué en toute douceur, le pilote et le copilote ont d’ailleurs fortement été applaudis. Quelle joie d’arriver sur le sol français avec un grand sourire aux lèvres ! Maintenant il ne tient qu’à nous de réussir l’atterrissage dans notre petite vie quotidienne…On espère qu’il sera tout aussi agréable que celui de l’avion. Pour le moment ça en a tout l’air.

Nous n’avons pas fini de vous raconter notre dernière étape : la découverte de l’Argentine et de l’association Nuestras Huellas. Sans oublier les deux dernières vidéos sur la Bolivie et l’Argentine qui vont valoir le détour ! Tout cela est en cours de création et seront postés ces prochains jours.

A très vite !

Balade bolivienne

Le 26/07/19

La Bolivie se fut plus 1 000 km dans la partie Artiplano. Nous y avons affronté l’altitude, de belles montées, un froid mordant et traversé de longues distances sans voir âmes qui vivent. Malgré cela, notre passage en Bolivie fut une aventure pleine de découverte et de générosité. Partout, nous avons reçu un accueil chaleureux et de nombreux curieux nous ont crié des mots d’encouragement ou nous ont partagé un sourire. Les paysages étaient rythmés par de longues routes simultueuses à la végétation rase et sèche. Lorsque soudain, après une énième courbe, se dévoile devant nous une montagne d’une autre couleur ou un canyon d’une profondeur infinie. Nous aimons alors nous poser dans ces endroits incroyables et casser la croute en admirant la magie de la nature. Nous retrouvons comme partout dans les Andes, la croyance en la Pacha Mama, la mère terre et nous nous faisons la réflexion, devant ces couleurs improbables, qu’ils ont de belles croyances.

En passant dans un village, nous avons été invité dans une fête locale à partager leurs danses et leurs rituales. Entourées de personnes en costumes traditionnels nos vêtements de sports paraissaient bien ternes ! Mais les habitants très heureux de nous faire découvrir leurs traditions, nous ont réservé une place privilégiée au coeur de la fête. Un beau moment complètement inattendu qui nous a permis de redécouvrir l’importance de la culture locale.

Nous avons traversé également beaucoup de provinces où la mine était l’économie locale. Notre passage par Potosi et nos échanges avec l’association Voix Libres nous laissent un goût amer chaque fois que nous croisons ces mines, conscientes de ce que cela implique. (Pour en savoir plus sur Voix Libres, c’est par ici : https://cordilleresansfrontiere.com/2019/07/25/une-emouvante-rencontre-avec-voix-libres/).

Bien sûr nous sommes passées par quelques villes et lieux plus « tourisques » telle que La Paz, la capitale bolivienne où l’on se déplace en téléphérique dans la ville (toutes deux amatrices de ski cela nous a donné des envies de glisse !). Cette ville immense se transforme deux fois par semaine en un véritable souk géant où l’immense marché de La Paz envahie la ville et l’on y trouve de tout !

Puis nous sommes passées par Uyuni et son célébre Salar. La plus vaste étendue saline du monde surnommée la mer de sel. Ce fut également l’occasion de rencontrer de nombreux voyageurs à vélo. Nos soirées étaient rythmées aux crépitements du feu, la guitare à la main, les conversations s’animaient de nos différentes galères en route et de nos plus belles émotions. Un repos bien mérité après nos deux nuits campées dans le Salar à -6 degrés.

Puis se fut pour nous l’heure de reprendre la route vers la frontière Argentine accompagnées d’un nouvel acolyte, notre super guide culinaire Lukacha !

On vous dit à bientôt !

Une émouvante rencontre avec Voix Libres

Pour arriver à Potosi, cette ville de montées et descentes à plus de 4000m d’altitude, il nous a fallu faire travailler nos poumons. A ce moment, nous étions loin de nous imaginer tout ce que nous allions y vivre.

A notre arrivée à Voix Libres, nous avons rencontré une équipe composée d’une dizaine de personnes, presque tous sont d’anciens mineurs que l’association à aider par le passé. Nous avons pu écouter leurs histoires, toutes différentes, toutes difficiles. Chacun vit aujourd’hui une espérance communicante et une envie d’aider d’autres personnes.

Micro-crédit Solidaire

Afin que vous compreniez bien, laissez-nous vous présenter Potosi. Il s’agit de la plus grande ville minière de Bolivie, 90% de l’économie locale dépend du minerai. L’exploitation du Cerro Rico, la riche colline, date de la colonisation il y a plus de 500 ans. Depuis cette époque, le mont est exploité nuit et jour. Aujourd’hui ce sont plus de 1500 personnes qui vivent sur ce cerro et les autres travailleurs vivent dans la ville en contrebas. Nous nous sommes rendues de nombreuses fois sur cette colline et avons vu les conditions de vie des familles : leur maison est une pièce unique, en général de 8 m² pour des familles allant de 5 à 12 enfants, sans électricité, sans système d’évacuation des déchets, sans eau ni sanitaire. Et pourtant, au sein de ces conditions de vie inhumaines existe une véritable force et envie d’avancer. Nous avons pu écouter le témoignage de leur vie, leurs souhaits mais avons également échangé des embrassades et des rires. Une vraie vie se dégage de ces familles souvent déchirées avec un père absent ou alcoolique. Pour survivre et nourrir la famille, les ainés commencent à travailler généralement très jeune dans les mines. D’autres conditions très dures les attendent alors. Enfermés dans une fourmilière géante, ils travaillent dans l’obscurité complète et dans une poussière très néfaste pour la santé. L’ambiance de travail est pesante, ces adolescents sont face à un monde dur d’homme et d’alcool où l’insécurité est omniprésente. Nombreux sont ceux qui ne reviennent pas de la mine suite à une explosion, un écroulement ou encore suite à une maladie. C’est dans ce monde qui nous paraît bien lointain que travaille l’association Voix Libres. Un monde bien lointain certes, mais tout de même palpable et duquel nous sommes dépendants.

L’association mène de nombreuses actions principalement tournées vers les femmes et les enfants. C’est ainsi que dès le lendemain de notre arrivée nous sommes parties distribuer des fournitures scolaires aux enfants des mines afin d’ils puissent étudier. Nous avons visité l’école Robertito construite il y a plusieurs années par l’association qui se situe en face de l’entrée principale de la mine. Un internat a également ouvert cette année afin que les adolescents puissent continuer leurs études dans la ville, car dans le cerro, il n’existe ni collège ni lycée. Nous avons partagé de beaux moments en compagnie de ces internes : parties de foot, travaux manuels, jeux extérieurs et avons même danser comme des fous ! C’est un lieu rempli de bonne énergie et d’épanouissement. Aujourd’hui, 9 filles et 9 garçons aux lourdes épaules bénéficent d’une chambre proche de leur école, d’éducateurs et de nourriture gratuite.

Afin d’aider les mères de ces familles la microfinance s’est avérée être un outil très utile : des femmes peuvent gratuitement participer à des cours pour apprendre à utiliser des machines de tricot. Après cette formation, elles ont la possibilité de faire un micro-crédit pour acheter cette machine, créer et vendre leurs propres productions. Il existe également une autre forme de micro-crédit grâce auquel les femmes peuvent créer n’importe quel business tout en bénéficiant d’un accompagnement. Pour chaque micro-crédit le principe est le même : il s’agit d’un micro-crédit de groupe. C’est-à-dire qu’au sein d’un groupe d’une dizaine de personnes chacun se porte garant de l’autre. C’est ainsi que l’association se protège et responsabilise les emprunteuses. Ici, le taux d’intérêt est de 0%, l’association se finance uniquement grâce à des dons et à la vente de tricot en Europe. Nous avons pu être témoins de la joie et de l’espérance qui anime ces femmes. Notre mission a pris tout son sens ici : nous avons pu donner main dans la main un micro-crédit de 1 000 Bolivianos (129 €) à 9 femmes afin de lancer leur petite entreprise. Ce micro-crédit provient des dons que vous avez faits au projet Une Cordillère sans Frontière. Jusqu’au mois d’août se seront 40 micro-crédits au total qui seront délivrés et permettrons d’aider 40 familles. Un immense merci à vous, car sans vos dons, ces micro-crédits n’auraient pas pu être faits ! Nous aimerions vous partager la reconnaissance, l’espérance et les sourires de ces femmes. Ce sont des ventes de hamburgers, de friandises pour les enfants ou de petites boutiques en tous genre qui vont ouvrir leurs portes. Mais c’est avant tout la possibilité à ces personnes de voir un nouvel avenir s’ouvrir à elles et à leurs enfants.

Merci à vous de nous avoir permis de leur transmettre cet espoir et merci à elles pour leur énergie positive. Elles représentent un modèle de courage qui nous aura marqué et une inspiration pour notre vie future.

Le Pérou en vidéo

Le Pérou et son immensité.
Comment vous parler de cette riche expérience ? Sport, culture andine, amitiés tissées en chemin, paysages renversants… Les deux pieds sur les pédales , nous vous emmenons découvrir ce pays, son agriculture et l’institution de microfinance Fondesurco. Une nouvelle étape pour Micro-crédit Macro-Action.

Fondesurco et l’agriculture

Le 14 juin 2019

“Chez Fondesurco notre objectif est de faciliter la vie des populations rurales, de leur permettre d’avoir plus de chance.”

C’est dans la très belle ville d’Arequipa au sud du Pérou que nous avons rencontré Flor Villena, responsable des projets environnementaux de l’organisation Fondesurco.
Derrière cette organisation se tenait à l’origine deux associations qui ont fusionné. Leur objectif de base était d’apprendre aux populations locales à produire de manière verte, dans le respect de l’environnement. Il faut savoir que le Pérou est le 3ème pays du monde le plus touché par le réchauffement climatique. Cependant la sensibilisation aux populations ne suffit pas car la transition à un coût. Ils ont alors vu dans le micro-crédit une opportunité : celle d’accompagner les projets verts. C’est donc tout naturellement que Fondesurco est devenue une organisation pionnière dans le micro-crédit vert, elle soutient et valorise les projets dans le respect de l’environnement.

Pour accompagner ses clients dans cette transition, Fondesurco possède une ferme démonstrative présentant plus de 10 techniques culturales différentes. On dénombre également 22 types de micro-crédits différents afin de répondre au plus proche des problématiques des “sociaux”, nom qu’ils donnent à leurs clients.
C’est ainsi que les principales actions de Fondesurco sont à la fois pédagogique, en apprenant des techniques dans le respect de l’environnement, et financière, en apportant une solution afin de payer les investissements de ces nouvelles techniques via le micro-crédit.

Leurs clients d’ailleurs qui sont-ils ?

Ce sont à 80% des personnes rurales. Fondesurco a la particularité de s’aventurer dans les zones reculées du Pérou, celles où il n’y a pas de système bancaire, d’accès à l’eau et où les routes sont peu accessibles. Sur les 27 000 personnes qu’ils accompagnent, 48% sont des femmes. C’est un nombre qu’ils aimeraient augmenter. Fondesurco travaille aussi beaucoup avec les communautés locales, elles représentent 60% de leurs “sociaux”.

Mais Fondesurco ne s’arrête pas à leurs actions financières et de formations.

Ils permettent également la mise en place de douches solaires car en altitude le froid peut être terrible. Lorsque les gens se douchent à l’eau froide certains tombent malades, ainsi d’autres préfèrent ne pas se doucher. Cependant cette mise en place n’est pas toujours évidente, rappelez-vous Fondesurco travaille dans des zones peu accessibles. Elle devient donc un véritable intermédiaire entre les “sociaux” et les entreprises de douches solaires. L’institution permet également la mise en place de four, de réfrigérateur à faible consommation d’énergie, radio et de télévision…

Les salariés mettent aussi un point important sur la santé. Ainsi leurs 28 agences mettent en place une fois par mois des consultations gratuites de spécialistes médicaux (ophtalmologiste, nutritionniste, …). Et une fois par an les agences organisent un festival ayant pour but de souder les familles et les communautés autour d’un événement festif.

Nous avons pu rendre visite à une agence basée à Cabanillas, à proximité de Puno. Nous avons rencontré le directeur de l’agence et échangé longuement sur l’agriculture locale. Créer en 2014, cette agence est spécialisée dans l’élevage bovin, activité principale de cette région. Les micro-crédits décernés servent principalement à l’achat de nourriture pour engraisser des taurillons ou alors pour acheter une vache de race plus productive. Ces dernières permettent de passer d’une moyenne de 8 L de lait par vache par jour à 15 L.

À Fondesurco le taux d’intérêt est de 37,20% par an, l’argent qu’ils prêtent provient lui même de prêts fait à d’autres banques étrangères. Cependant les salariés cherchent à réduire ces coûts, en effet ils ont ouvert récemment des outils d’épargne pour leurs “sociaux”. Cela a un double impact : permettre aux communautés locales l’accès à une sécurité financière et permettre à Fondesurco une indépendance vis à vis des banques auprès desquelles ils empruntent et peuvent ainsi réduire leur taux d’intérêt.

L’intégralité du capital réalisé par Fondesurco est réinvesti dans les formations qui sont toujours gratuites et obligatoires afin d’avoir accès à un micro-crédit.

Le taux de non remboursement de Fondesurco est de 5,19%, les raisons principales sont les suivantes :

– Diminution du revenu par le patron de l’employeur

– Désastre naturel (écoulement de terrain, inondations…)

– Mauvaise récolte (souvent liée à la météo : pluies trop abondantes, sécheresse, grêle)

Dans le cas d’un non remboursement un refinancement peut être fait. C’est-à-dire que l’on annule le micro-crédit non remboursé et qu’un nouveau est créé avec un investissement différent.

Vous l’aurez compris, Fondesurco est une institution assez importante et tournée vers le milieu agricole. Ses actions diverses et tournées vers les zones les plus reculées nous ont invitées à la visiter. Elle doit faire face aujourd’hui à une concurrence importante d’autres institutions de microfinance mais son accompagnement approfondi et ses diverses actions sociales lui permettent de gagner la confiance et la reconnaissance de ses “sociaux”.

La richesse péruvienne

Le 15 mai 2019

C’est presque par surprise que nos premiers coups de pédales péruviens nous ont entraînées dans le désert au nord du Pérou. Des étendues de sables infinies se sont offertes à nous, créant un sentiment d’immensité qui a très vite laissé place à de la monotonie. Mais surtout nous avons rencontré un terrible ennemi : le vent !

C’est donc lentement mais sûrement que nous avons traversé ce désert où nous ferons de magnifiques rencontres qui nous marquerons.

La route continue pour nous dans la Cordillère Blanche à Huaraz exactement. Nous lâcherons un peu le vélo pour laisser place à de superbes randonnées au cœur des montagnes Andines à presque 5 000 m d’altitude. Encore fatiguées de notre passage dans le désert et ayant des réparations sur les vélos à faire, c’est en bus que nous rejoindrons Lima la capitale. L’objectif ? Nous remettre tous sur pied : nous et nos vélos.

Une fois cet objectif atteint nous retrouvons avec joie nos parents à Cusco pour découvrir avec eux la belle culture Inca. Nous parcourons ensemble les lieux mythiques de cette culture qui nous fascine tant. Puis se fut au tour de Claire, une amie, de nous rejoindre quelques jours ! C’est à trois que nous reprendrons le vélo en direction de Puno et que nous découvrirons les fameuses îles du lac Titicaca.

Après un mois et demi au Pérou nous disons au revoir à ce pays. Nous le quittons sur ces paroles bien connues :

“Dans quelques jours nous quitterons le territoire péruvien et ces mots prennent donc un autre sens. Celui d’un au revoir dans lequel je voudrais mettre toute mon ardeur pour exprimer notre reconnaissance envers le peuple de ce pays tout entier, qui n’a pas cessé de nous combler de cadeaux depuis notre arrivée. […] C’est pourquoi, essayant d’échapper à tout provincialisme exigu, je porte un toast au Pérou et à l’Amérique Unie.”

Extrait de Voyage à moto-bicyclette, Che Guevara

L’Equateur en vidéo !

Après un peu plus d’un mois passé en Équateur, il est temps pour nous de vous faire partager cette expérience incroyable et notre rencontre avec el Hogar de Cristo. Et tout cela en image !
Installez-vous confortablement, embarquement immédiat pour l’Equateur.

Un dernier regard sur l’Equateur

le 3 avril 2019

La traversée de l’Equateur a été pour nous l’occasion de découvrir un nombre incalculable de paysages. Après quelques jours seulement, nous ne trouvions déjà plus d’adjectifs originaux pour les qualifier.

C’était tout simplement « magnifique, incroyable, impressionnant ! »

Chacun de ces paysages est lié à des coutumes et une vie traditionnelle très différente. La capitale Quito entourée de montagnes regroupe toutes les classes sociales : du quartier très riche, aux vendeurs de rue. Puis nous découvrons les petites villes au sud de Quito, des villes calmes dans lesquelles il est agréable de se poser. L’Amazonie nous a permis ensuite de découvrir ou redécouvrir la culture Kitchuwa rythmée par la nature, les plantes médicinales et un mélange de différentes croyances liants religion catholique et esprits. Notre route continua au travers de la cordillère, un environnement calme très différent de l’Amazonie mais où les populations sont également très proches de la terre. Ici, les visages sont très marqués et les habits traditionnels bien différents. Tout cela nous fait prendre conscience qu’il existe de multiples manières de vivre.

La suite de notre route équatorienne se fera sous la chaleur, le long de la côte pacifique. Là encore les traditions, la végétation et le climat changent.

C’est dans cette région que nous avons rencontrée l’association Hogar de Cristo et leurs belles initiatives dont nous vous avons déjà parlé dans différents articles.

Depuis, nous avons traversé la frontière péruvienne et nous continuons vers le sud, les deux pieds sur les pédales.

Nous gardons un souvenir de l’équateur rythmé par nos “Wouha” et nos souffles coupés par les paysages que nous avons traversés.

Le micro-crédit à El Hogar de Cristo

Le 10 mai 2019

” Sans le micro-crédit on ne peut pas évoluer, ici à Hogar de Cristo ils aident les personnes à faibles revenus.”

Depuis 2002, el Hogar de Cristo a mis en place un programme de microfinance destiné principalement aux femmes. Inspiré de la Grameen bank de Mohammed Yunus, l’accès au micro-crédit suit 3 grandes étapes.
Durant la phase 1, les femmes forment des groupes de travail de 3 à 4 personnes. Ces groupes sont très importants car ensemble, elles gardent une dynamique dans un environnement où chacune motive l’autre. Les différents groupes ainsi formés se retrouvent et suivent des cours donnés par des associations de couture, de confection artisanale, de cuisine, de confection de chaussures… Cependant savoir créer de délicieuses empanadas (feuilletés farcis) ou de magnifiques chaussures ne suffit pas. Pour monter son entreprise, toute une organisation est à mettre en place. Ainsi, le programme inclut également des cours de commerce, de marketing, de comptabilité, de communication…


“S’inscrire ne suffit pas, il faut s’exercer. Tout dépend de votre motivation !” rappelle
Jenny, la coordinatrice des initiatives économiques et solidaires, à chaque nouvelle “élève”.

C’est à la fin de cette première phase d’apprentissage qu’un micro-crédit est envisageable. Celui-ci est accordé afin d’investir dans du matériel, des machines ou des matières premières permettant de créer sa micro-entreprise.
Les personnes qui viennent à Hogar de Cristo cherchent avant tout à acquérir un savoir-faire et à suivre des formations. C’est pour cette raison que sur une trentaine de personnes qui suivent la première phase, seules 8 à 10 personnes feront une demande de micro-crédit. Certaines possédaient déjà un commerce avant de suivre les formations et d’autres feront le choix d’investir par elles-mêmes.

La phase suivante, composée de formations plus poussées, ne sera poursuivie que par la moitié des personnes de la phase 1. Les raisons de cette différence sont diverses : la micro-entreprise a déjà été construite, le manque de temps (la phase 1 demande 2j/semaine contrairement à la phase 2 qui requiert le double de temps), ou parfois certains maris regardent d’un mauvais œil leur femme sortir si souvent de la maison pour aller aux formations et les dissuadent de continuer.

“Mon mari ne veut pas que je travaille dehors. Mais ma micro-entreprise à domicile lui convient bien car je peux m’occuper du bébé en même temps. Ce sont des libertés que je n’aurais pas dans un autre travail.”

Au sein du site de Guayaquil, près de 118 groupes de personnes ont un micro-crédit, ce qui équivaut à 722 clients. Ce dernier doit uniquement être investi dans le commerce afin de le faire évoluer.
L’équipe del Hogar de Cristo se doit donc d’accompagner les entrepreneurs, de visiter le commerce et de vérifier l’investissement afin que les micro-entrepreneurs soient en mesure de rembourser le prêt sans difficulté.

“J’ai pu investir l’argent du Micro-crédit dans l’achat de nouveaux produits et ainsi croître mon entreprise. Aujourd’hui j’ai un revenu supérieur et plus sûr.”

Les micro-crédits peuvent aller de 200 $ à 1 500 $ et doivent être remboursés sous 4 à 9 mois. Ici il n’y a pas de taux d’intérêt, ce sont des frais de dossiers car l’argent n’est pas capitalisé. Ces frais de dossier sont de 2,5 % mensuel, ce qui correspond à 29,5 % annuel contre 49 % de taux d’intérêt pour les crédits équatoriens. Vous trouvez ce taux élevé?  Nous vous expliquons le pourquoi du comment en bas de page.

Nous avons eu l’occasion de rencontrer de nombreux entrepreneurs. Les témoignages récoltés montrent que les formations et le micro-crédit sont de véritables opportunités pour eux de créer et de faire croître leur entreprise. Cela permet un changement au cœur des familles : les revenus sont plus importants et les femmes plus indépendantes.


Pourquoi les taux sont-ils élevés ?

Les Institutions de Microfinance n’ont pas pour but de maximiser le profit mais ont pour but de maximiser l’impact social, tout en cherchant à être autonome financièrement. Cependant il existe des charges qu’il faut pouvoir financier : les formations, l’accompagnement des micro-entrepreneurs, la charge salariale et les autres charges fixes tels que les locaux. De plus, le nombre élevé de clients en comparaison au faible montant des micro-crédits augmente les dépenses opérationnelles. Ces taux doivent également être mis en relation avec le taux directeur de la Banque Centrale du pays et donc impactent le coût du financement local. Chez Hogar de Cristo seulement 3,87% des micro-crédits ne sont pas payés en temps voulu ou ne sont pas remboursés. Ceci montre une belle organisation et un système efficace permettant aux entrepreneurs d’investir de manière utile afin que cela porte ces fruits.

Pour limiter le non remboursement chaque dossier est étudié. Lorsqu’un demandeur a déjà un micro-crédit dans une autre banque, el Hogar de Cristo peut savoir si le remboursement se fait dans de bonnes conditions grâce à un logiciel mettant toutes les banques en relation. Si le remboursement s’effectue mal, l’organisation ne permet pas de nouvel emprunt.

El Hogar de Cristo

El Hogar de Cristo, travaille depuis 48 ans dans les zones les plus vulnérables. Présent dans le monde entier, il possède 5 sites en Équateur dont le plus important se situe à Guayaquil. C’est au sein de ce dernier que nous avons reçu un accueil chaleureux et pu découvrir ce qui se cache derrière les portes del Hogar de Cristo.

Mais avant de vous présenter les différentes actions del Hogar de Cristo de Guayaquil, il nous faut comprendre le contexte dans laquelle évolue l’association.


El Hogar de Cristo agit dans une zone non officielle de Guayaquil appelé Monte Sinaí.
Cette zone possède une histoire compliquée et controversée que nous allons essayer, avec nos mots et les rapports que l’on nous a donnés, de décrire le plus justement possible. Excusez-nous d’avance pour ce récit probablement incomplet.

Microfinance solidaire

El Monte Sinaí situé au nord de Guayaquil est un terrain appartenant au gouvernement. Dans les années 50, une grande population est venue des campagnes dans l’illusion de trouver un meilleur emploi dans la ville de Guayaquil. De nombreux espoirs ont été déchus et une grande partie de la population s’est installé sans permission dans le Monte Sinaí qui n’était qu’un terrain vide à l’époque. Cette population n’a cessé d’augmenter par un exode rural toujours présent mais aussi par un taux de natalité très important de la population déjà installée. Sur ce terrain ils doivent faire face à un accès restreint à l’eau, à l’électricité et à une violence très présente.

D’après le ministère du développement urbain et du logement il y avait 274 000 habitants sur le site en 2012.


Depuis toujours el Monte Sinaí est victime d’une grande instabilité. Elle fut la proie de trafiquants de terre qui ont pu opérer grâce à la complicité et/ou le silence de certaines forces politiques. Ce qui eut pour conséquence d’aggraver la situation de vulnérabilité et a augmenté la liste des besoins de ce secteur. Ici, se reflètent des problèmes visibles dans toute l’Amérique latine : une différence forte entre la ville et la campagne, une méfiance envers les formes politiques et une mauvaise gestion pour affronter des problèmes existants.

Le secteur du Monte Sinaí a connu son point le plus tragique durant les années 2010.

À son arrivée au pouvoir, le président Rafael Correa a décidé de mettre un terme à l’expansion du Monte Sinaí et qu’une légalisation des terrains devait être faite. De nombreuses personnes n’ont pas pu payer les sommes onéreuses demandées par le gouvernement. Une politique de force a alors été mise en place avec un point culminant en 2013 durant lequel de nombreuses familles ont vu leur maison détruite.
Aujourd’hui, les problèmes de légalisation sont toujours d’actualité. Depuis 2017, plusieurs membres de Monte Sinaí se sont mobilisés avec el Hogar de Cristo pour demander la législation de leur terrain. C’est un travail long et difficile avec une population qui a du mal à faire confiance car trop souvent déçue. Ensemble ils veulent faire valoir une loi équatorienne indiquant qu’à partir d’un certain nombre d’années vécues sur un terrain non réclamé le terrain appartient aux habitants. 95% des personnes qui luttent pour cette légalisation sont des femmes qui ne veulent pas que leurs enfants vivent la même histoire que la leur.


El Hogar de Cristo mène de nombreuses actions pour répondre aux diverses problématiques de Monte Sinaí. Ils ont ainsi créé un atelier de fabrication de maisons traditionnelles vendues à faible prix aux familles, construit une entreprise de transformation de jus de soja pour faire face à la sous-nutrition, bâti une maison accueillant les femmes et les enfants victimes de violences familiales, sans oublier l’ouverture d’un collège spécialisé dans l’informatique permettant à tout élève d’avoir accès à l’éducation, et l’aide aux femmes à l’accès à l’entrepreneuriat via la microfinance.

Microfinance solidaire

C’est d’ailleurs ce dernier secteur que nous avons surtout visité et découvert. Patience, nous vous en disons bientôt plus…

Bon week-end de Pâques à tous !